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Panser ses blessures pour mieux vivre le présent

Il serait peu de dire qu’Immaculée Nsanzuwera, de son nom complet Immaculée Nsanzuwera Mukamuhirwa, est une personnalité profondément inspirante. Pas seulement pour son parcours académique exemplaire au Rwanda, en Belgique, puis à l’Université de Saint-Boniface (USB), mais aussi et surtout pour son courage et sa croyance indéfectible en la beauté de la vie, en dépit des blessures que celle-ci lui a infligées.

En effet, après avoir passé les 25 premières années de sa vie au Rwanda, la jeune Tutsi n’a pu éviter le génocide rwandais de 1994. Discriminée toute sa jeunesse pour son origine ethnique, cette année-là, l’histoire prend un tournant à la fois tragique et bouleversant. La majorité des Hutus se soulève, se radicalise et entame l’extermination complète de son peuple voisin. Immaculée Nsanzuwera fait partie des victimes. Elle perd ses parents et parmi ses neufs frères et sœurs, seul son petit frère échappe au massacre. Quant à elle, son exil en Belgique en 1995 lui permet de conserver un souffle de vie malgré que les siens lui manquent. Un souffle de vie, qui se métamorphosera progressivement en ouragan.

« Je suis une survivante, affirme avec aplomb la rwandaise. Mon histoire m’a poussée à vivre une vie pleine, une vie entière. Il n’était pas question que je ne vive qu’à moitié après le drame auquel j’avais échappé. »

Immaculée Nsanzuwera,
diplômée en traduction de l’USB

Dès son arrivée en Belgique, Immaculée Nsanzuwera transforme ses blessures en un courage hors du commun. Incapable d’exercer sa profession rwandaise de secrétaire de direction dans un pays où l’usage du flamand se révèle indispensable, la jeune femme n’en démord pas pour autant. « Pour moi, c’était une évidence qu’il fallait que j’agisse pour trouver du travail, raconte-t-elle. Je ne voulais pas dépendre de l’aide sociale ou vivre au dépends de quelqu’un. J’avais besoin de m’accomplir par moi-même. »

C’est ainsi une formation d’infirmière qu’elle suit afin de pouvoir travailler dans le secteur médical, riche en opportunités pour les nouveaux arrivants.

« Malgré cela, je continuais de ressentir un manque, confie Immaculée Nsanzuwera. Lorsque je vivais au Rwanda, je n’avais pas eu le droit de suivre des études supérieures du fait de mon  origine ethnique. Mais je me suis toujours dit qu’il fallait que je le fasse. Et d’une certaine façon, j’ai toujours eu la conviction que ce jour arriverait tôt ou tard. »

Après avoir immigrée en Tanzanie en 2004 pour suivre son mari embauché là-bas, la jeune femme obtient un poste de correctrice d’épreuves au sein du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Là-bas, ce sont des milliers de textes traduits de l’anglais vers le français qui défilent sous ses mains et qui ravivent en elle ce besoin tapi de reprendre ses études. « J’étais fascinée par les techniques de traduction que je constatais en corrigeant les textes, explique-t-elle. Cela a été comme un déclic. J’ai compris qu’il était enfin temps pour moi de me lancer dans les études supérieures. » 

En 2008, elle entame ainsi à distance des cours à l’USB afin d’obtenir une certification en traduction. Deux ans plus tard, la rwandaise obtient son premier diplôme. Mais Immaculée Nsanzuwera ne s’arrête pas là et en redemande. Elle se lance dans un baccalauréat en traduction à l’USB… Jusqu’à l’obtenir en juin 2014.

« C’est énorme ce que cette graduation représente pour moi, révèle Immaculée Nsanzuwera. C’est un immense défi que j’ai toujours voulu relever. Et surtout, c’est une manière de dire aux gens qui n’ont pas voulu m’accepter au Rwanda que voilà, je l’ai fait. De dire à ceux qui voulaient nous exterminer que c’est impossible, nous sommes encore là.

« Il m’aura fallu 25 ans pour me reconstruire, conclut-elle. J’ai réussi et l’émotion que cela me donne est indescriptible.»

Publié : décembre 2014

 

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