Profils d'anciens

Une traductrice vice-royale

Cet article a été publié dans le magazine Sous la coupole, numéro Été 2010

Un ordinateur. Des dictionnaires. Des ouvrages de référence. Le bureau de Michelle Perles ressemble à celui de la plupart des traducteurs. Mais la comparaison s’arrête là, puisque ce ne sont pas tous les traducteurs qui travaillent dans un manoir somptueux avec vue imprenable sur de magnifiques jardins, une résidence digne de la représentante de la Reine au Canada.

Tous les matins, lorsque Michelle Perles fait son entrée à Rideau Hall, la résidence officielle de la gouverneure générale du Canada, elle ne peut faire autrement que d’être impressionnée par le décor.

« Travailler ici, c’est comme travailler dans un livre d’histoire, affirme la diplômée de l’École de traduction (2003). Je ne tiens rien pour acquis. Je suis toujours consciente de cet environnement de travail extraordinaire et de la chance que j’ai de pouvoir travailler ici. »

Pourtant, la vie de Michelle aurait pu prendre un tout autre tournant. En effet, avant de se lancer en traduction, la finissante de l’école secondaire Oak Park, une école d’immersion française de Charleswood, a travaillé comme archéologue. « Après mon baccalauréat en archéologie, j’ai enseigné l’anglais en Corée du Sud où j’ai appris le coréen. Après la maîtrise, j’ai travaillé comme archéologue en Afrique du Sud, et en peu de temps, j’ai appris l’afrikaans et le zulu. J’y ai découvert un goût pour l’apprentissage des langues. La traduction était donc, pour moi, un choix naturel. »

Michelle n’avait pas encore subi le dernier examen du programme de baccalauréat en traduction que le Bureau de traduction du gouvernement fédéral à Ottawa frappait déjà à sa porte. Au cours des trois années suivantes, Michelle a découvert différentes sphères de la fonction publique, de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) au Conseil du Trésor.

Puis en 2007, un nouveau chapitre s’amorce. Michelle obtient un poste de traductrice au Bureau du secrétaire du gouverneur général (BSGG), un contrat d’un an. Son rôle : traduire les documents rédigés en français vers l’anglais, notamment les communiqués, les discours de la gouverneure générale et les blogues, en passant par les citations pour l’Ordre du Canada. Ce qui frappe la traductrice, c’est la grande variété de textes à traduire. « C’est très différent de tous mes autres postes. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de traduire les écrits d’un poète du Congo ou un rap d’un jeune de Montréal. Cela dit, je dois aussi traduire les messages envoyés à la famille lorsqu’un soldat canadien meurt au combat, ce qui n’est jamais facile. » Ce qu’elle apprécie le plus de son emploi, c’est qu’il fait appel à sa créativité et lui offre une grande marge de manoeuvre.

C’est un environnement de travail très mouvementé, où les délais sont serrés et où les imprévus sont la norme, poursuit Michelle. « C’est une grande responsabilité. Quand j’écris, je représente la gouverneure générale. Je me mets dans sa peau et j’écris comme si elle écrivait en anglais. » D’ailleurs, Michelle est reconnaissante envers le Collège, qui lui a donné une formation solide. « Le Collège m’a bien préparé. Parce que j’ai une bonne maîtrise de la langue française, je comprends très bien mes textes de départ, ce qui me permet de faire des traductions réussies. J’ai aimé le fait que c’est un petit campus. J’y ai reçu une formation personnalisée, ce que j’ai beaucoup apprécié. »

Quand on travaille à Rideau Hall, est-ce qu’on côtoie souvent la gouverneure générale? « Pas vraiment, avoue Michelle. Je l’ai rencontrée à quelques reprises. Elle est très gentille, profondément humaine et très chaleureuse. Elle est passionnée et a le souci des responsabilités. Elle a un grand coeur. »

Michelle en est à sa deuxième affectation d’un an au BSGG, laquelle prendra fin à peu près en même temps que le mandat de Michaëlle Jean. A-t-elle un petit pincement au coeur à l’idée de quitter ce poste idyllique? « Ce sera un peu difficile, c’est certain. Je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de travailler à Rideau Hall à deux reprises au cours de ma carrière. Maintenant, ce sera d’autres aventures, et toutes sortes de textes m’attendent. »

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